mercredi 15 avril 2015

Awa, femme de ménage au centre des finances publiques, en grève depuis le 11 mars.


Ce mardi 14 avril, une affichette scotchée sur les grilles de la direction régionale des finances publiques dans le 4e arrondissement informe que l’accès à l’établissement sera fermé à partir de 15h30. Et pour cause, cet après-midi-là, les grévistes de la TFN (Prestataire de nettoyage des finances publiques) se sont donnés rendez-vous sur place, pour faire entendre leurs revendications.
En grève depuis le 11 mars, ces salarié-e-s, très majoritairement des femmes, issues de l’immigration, qui travaillent tous les soirs dans les bureaux des centres des finances publiques pour en assurer le nettoyage ont décidé de faire connaître la misère qu’elles subissent quotidien.
D’abord réticente à répondre aux questions, prétextant un mauvais français, Awa, fini par expliquer les raisons qui l’ont poussé à se mettre en grève avec ses collègues, pour la première fois de sa vie : « ils nous traitent comme des esclaves » explique-t-elle avant de continuer « il y a trop de travail, on y arrive pas parce que l’on doit tout faire en quelques heures, et on ne gagne pas assez d’argent pour pouvoir vivre avec nos familles ». Car là est le cœur du problème, ces femmes ne travaillent que quelques heures par jour, totalisant rarement plus de 10h de travail par semaine et plus de 500€ mensuel. La précarité des temps-partiels et des bas salaires subis au quotidien.
Alors à l’heure prévue le rassemblement a réuni une trentaine de grévistes et de militants syndicaux. Le mégaphone a raisonné, des tracts signés par les branches CGT et Solidaires des finances publiques ont été imprimés puis distribués.
Ces femmes peu habituée à exposer leurs aspirations revendiquent désormais haut et fort des contrats de travail de 16h hebdomadaires minimum, le versement d’un 13e mois ainsi que le remboursement à hauteur de 50% de leur frais de transport. Depuis des mois, elles ont interpellé leur employeur et l’état, donneur d’ordre. Aucune réponse ne leur a été adressée. Soutenues par les organisations syndicales des finances publiques et par les agents des centres dans lesquelles elles travaillent (nombreux d’entre eux ont signé une pétition de soutien), ces femmes ont refusées de se résigner à ceux que leurs revendications restent lettre morte. Leur détermination est intacte après plus d’un mois de lutte, ce qui fait dire au représentant CGT qui accompagne leur grève qu’elles « ne lâcheront rien, qu’elles seront intransigeantes sur leurs revendications ».

Il va même jusqu’à faire un parallèle avec l’emblématique lutte des femmes de ménages grecques du ministère de l’économie qui ont engagé en 2013 une lutte de 19 mois contre l’annonce de leurs licenciements, devenant le symbole de la résistance du peuple grec aux politiques d’austérité. Le 29 janvier dernier, elles étaient ré-intégreés suite à la victoire de Syriza, parti de la gauche anti-austéritaire.  L’issue heureuse de leur lutte constitue évidemment « un modèle » pour les travailleuses de la TFN.

Plus près de chez elle, la victoire de femmes de chambre du palace parisien Park Hyatt contre la précarité salariale et les cadences infernales il y a quelques semaines ont sans doutes nourris les aspirations d’Awa et de ses collègues.
La multiplication de ces mobilisations dans les secteurs les plus précaires de notre économie (hôtellerie, nettoyage…) témoignent de la vitalité des aspirations du monde du travail à de meilleures conditions de travail  et de rémunération salariale. Leurs victoires montrent que ces choix ne sont pas confisqués, que la route du progrès social n’es pas une route définitivement « barrée ».
Le gouvernement, élu par les forces du travail devrait s’en souvenir plutôt que de parler uniquement la langue du patronat. Aimer l’entreprise ça ne peut pas être aimer la direction de TFN sourde aux revendications de ces salariés malgré 1,3 milliards d’euro de chiffre d’affaire. Aimer l’entreprise, c’est aimer les employés, les travailleurs qui la font vivre au quotidien, c’est être attentif à leurs revendications comme celles d’Awa et de ses collègues.

lundi 2 mars 2015

Face aux attaques de la droite municipale, vivent les bourses du travail !


Elles font rarement la une des médias, elles sont rarement célébrées, pourtant, elles jouent un rôle déterminant dans la défense des droits et des intérêts des millions de salariés de notre pays. Elles, ce sont les bourses du travail.

Les premières bourses du travail appariassent à la fin du XIXe siècle. A l’image de la bourse du travail de Paris, elles sont d’abord destinées à enregistrer et communiquer les offres et demandes d’emploi ainsi que les principaux « prix du travail » débattus selon l’offre et la demande (d’où le nom de « bourse du travail »). Mais très vite, ces bourses du travail, administrées par les syndicats vont devenir des lieux d’effervescence syndicale. Elles vont accueillir syndicats, mutuelles, association d’éducation populaire et coopératives et devenir de véritables lieux de solidarité, de convergence et d’organisation du mouvement ouvrier.

Aujourd’hui encore, les bourses du travail constituent un outil indispensable dans la défense des intérêts et des droits des salarié-e-s. Implantées dans la plupart des grandes villes de France, elles fournissent des locaux aux unions locales des organisations syndicales. Ces « maisons des syndicats » permettent de déployer sur l’ensemble du territoire une implantation syndicale vers laquelle peuvent se tourner tous les salarié-e-s, notamment ceux des petites et moyennes entreprises qui ne bénéficient pas sur leur lieu de travail d’une véritable représentation du personnel.

Ces bourses du travail mettent à disposition des syndicats et des salarié-e-s des lieux de réunion et d’organisation. Elles hébergent des permanences syndicales et juridiques, permettant de recevoir et d’informer l’ensemble des salarié-e-s. Elles reçoivent souvent l’organisation de formations des élu-e-s du personnel. Leurs missions sont donc extrêmement nombreuses et garantissent la liberté d’expression et l’indépendance d’action des organisations syndicales.

En plus d’abriter et de préserver la mémoire de tou-te-s les travailleu-rs-ses et des nombreuses luttes qu’ils ont mené à travers les siècles pour conquérir de nouveaux droit, les bourses du travail demeurent aujourd’hui un espace d’information et de défense des droits des salarié-e-s qu’il convient de protéger dans un contexte de recul du code et de l’inspection du travail.
Pourtant.
Pourtant, c’est exactement l’inverse qui se produit. En effet, dans de nombreuses municipalités qui ont basculé à droite à l’occasion des dernières élections, c’est une véritable chasse aux bourses du travail qui s’organise. Souvent propriétés de la ville dans lesquelles elles sont implantées et bénéficiant de subventions publiques décidées par les municipalités de gauche précédentes, les bourses du travail sont aujourd’hui menacées par une droite municipale déterminée à affaiblir et liquider ces outils de solidarité et de progrès. Depuis quelques mois, les attaques se sont multipliées, au Blanc-Mesnil, à Aubagne, à Villejuif ou à Toulouse, les nouvelles municipalités de droite ont engagées des procédures de fermeture des bourses du travail et d’expulsion des organisations syndicales.

Les arguments financiers avancés ne trompent personne, derrière ces attaques, ce sont bien des réflexes revanchards et idéologiques qui sont à la manœuvre contre les droits des salarié-e-s. Ils s’inscrivent d’ailleurs dans une offensive de plus grande ampleur contre le droit syndical et les mouvements sociaux.

Convaincu-e-s de l’utilité de ces espaces de solidarité dans la défense du monde du travail, les militant-e-s de gauche ne peuvent pas se résoudre à leur liquidation.

Partout où elles sont attaquées, des mobilisations s’organisent pour exiger le maintien des bourses du travail.  Ces mobilisations populaires doivent s’amplifier pour adresser un message clair: les bourses du travail sont le bien commun des travailleurs-euses, elles ne sont pas à vendre!

Au-delà des résistances locales, ces attaques doivent interpeller la gauche politique. Peut-on accepter que lorsque la droite revient aux affaires localement, elle saborde, par idéologie, un outil précieux du dialogue social, de l’information et de la défense du monde du travail ?

Comment pérenniser l’existence et l’action des bourses du travail ? Comment s’assurer que leur mission d’intérêt général ne soit pas prise en otage par des petites revanches politiciennes locales ?

La gauche doit investir la question et y apporter des réponses. Elle ne doit pas redouter le dialogue social et les organisations syndicales, elle doit, au contraire, créer les conditions de leur renforcement et leur offrir des débouchés politiques.

Parce qu’elles constituent des contre-pouvoirs précieux à la démocratie et à notre modèle social, les bourses du travail doivent être généralisées sur tout le territoire. Chaque salarié-e, doit pouvoir trouver à proximité de son lieu de travail un espace d’information, de défense et de solidarité. Cette généralisation doit se traduire par une implantation dans chaque sous-préfecture d’une bourse du travail à gestion paritaire des organisations syndicales selon leur représentativité. Son financement, afin qu’il soit constant et suffisant pour couvrir les frais de fonctionnement,  doit reposer sur une mise à contribution financière de l’ensemble des entreprises implantées sur le territoire. Voilà une réforme du monde du travail qu’un gouvernement de gauche pourrait porter, utile au dialogue social, à ses acteurs-rices et aux salarié-e-s.

samedi 21 février 2015

De quoi le 49-3 est-il vraiment le nom?


Mercredi dernier, Manuel Valls montait à la tribune de l’Assemblée Nationale pour annoncer que le gouvernement avait recours à l’article 49, alinéa 3 de la Constitution pour faire adopter, sans vote, le projet de loi Macron, dont l’orientation avait été fortement contestée ces dernières semaines jusque dans les propres rangs de la majorité.

Mais de quoi le «49-3 » est-il vraiment le nom ?
 
C’est d’abord le nom d’une 5e République à bout de souffle.

Une République dans laquelle le président et le premier ministre peuvent décider de soustraire l’adoption d’un texte de loi à la souveraineté nationale. Comment ne pas ressentir un profond malaise devant ces députés socialistes qui applaudissent fanatiquement lorsque le premier ministre leur annonce le recours au 49-3. Ne se rendent-ils pas compte que par cette manœuvre, on les dépossède de la souveraineté populaire dont ils sont les dépositaires ? Ne se rendent-ils pas compte qu’à travers eux, c’est le peuple qu’on dessaisit ?

Qu’ils réécoutent François hollande, celui de 2006, qui déclarait à propos du 49-3, que s’apprêtait à utiliser le gouvernement de Dominique de Villepin pour faire adopter le CPE : « C’est une brutalité, c’est un déni de démocratie ».

Qu’ils relisent les amendements déposés par les parlementaires socialistes en 2008 (dont M. Valls et M. Le Roux) dans le cadre du projet de loi de modernisation des institutions de la Ve République, qui demandait qu’aucun projet de loi, projet de loi de finance mis à part, ne puisse être adopté par la voie de l’article 49-3.

Ce coup « d’autorité » comme le revendique le premier ministre est en réalité un passage en force. Ce n’est en aucun cas un acte de courage, c’est un triste et consternant contournement démocratique.

Les institutions qui rendent possible une telle manœuvre sont des anomalies qui doivent être profondément remaniées. Plus que jamais le combat pour une 6e République doit être porté pour qu’à l’avenir, rien ne permette d’échapper au débat parlementaire et à la souveraineté populaire.

C’est le nom d’une orientation politique qui n’a plus de majorité à l’Assemblée Nationale.

C’est le principal enseignement de cette séquence politique. L’orientation politique et les choix économiques effectués ces derniers mois, en rupture avec les engagements de la campagne de 2012, ne dispose plus d’une majorité à l’Assemblée Nationale. Après n’avoir pas été dans la capacité de rassembler toutes les forces de gauche au lendemain de la victoire de 2012, ce gouvernement a, par les choix politiques qui ont été les siens, écarté les écologistes du gouvernement puis profondément fracturé sa propre majorité. La multiplication de ses renoncements, puis sa lente mue en faveur d’une politique libérale et austéritaire ont d’abord été mis en minorité dans les urnes par un peuple de gauche qui s’est détourné de ce gouvernement, à mesure que ce gouvernement se détournait de ses aspirations. Aujourd’hui, il est mis en minorité dans l’hémicycle. Pas de majorité progressiste pour une politique qui ne l’est pas.  

Manuel Valls, drapé dans les habits trop grands d’un premier ministre « de combat » est en réalité  à la tête d’un gouvernement des fonds de tiroir, rabougri, rapetissé faute de n’avoir su fédérer et rassembler autour d’une véritable ambition de transformation sociale et écologique de notre société.

Pourtant une majorité de gauche existe au parlement, claire et large. Il n’y a pas de fatalité.  Cette majorité pourrait disposer d’un soutien populaire si elle s’attachait à user de la dépense publique pour répondre aux besoins populaires à la création d’emplois et à la transition écologique. Si elle livrait un vrai combat contre les logiques de financiarisation de notre économie en frappant le capital, les actionnaires et les revenus financiers. Si elle engageait fermement le combat pour le partage des richesses en augmentant les bas salaires et en retrouvant le chemin du progrès social.

Pour faire tout cela, il existe une majorité rose, rouge, verte à l’Assemblée Nationale. L’exemple grec de Syriza nous rappelle qu’il n’y a pas de fatalité à ce que la gauche au pouvoir tourne le dos à ce qu’elle a promis avant d’y parvenir.

Tout-e-s les député-e-s qui partagent cette certitude doivent entamer ce travail commun. Sans eux, il n’existe pas de majorité pour la politique austéritaire du gouvernement Valls. Avec eux, un nouveau chemin est possible. Ils sont la pierre sans laquelle on ne peut rien construire de vieux, mais à partir de laquelle on peut rebâtir.

C’est enfin le nom d’un gouvernement « réformateur » qui ne l’est plus.

Le premier ministre, dans un exercice périlleux de service après-vente, se pose depuis ce mercredi comme celui que rien n’empêchera de « réformer »  la France. « La loi croissance et activité passe à l’Assemblée. Rien n’arrête le mouvement de la réforme » s’empressait-il de tweeter jeudi soir. « Même pas la démocratie ! » serait-on tenté de lui répondre.

La reforme comme finalité est devenu l’adage du premier ministre. Sans savoir pour qui ni même pourquoi, pourvu que l’on réforme. Pire le réformisme sauce Manuel Valls semble dorénavant s’apparenter à une succession de déréglementation. La rhétorique est bien rodée, souvent la même : le code du travail est un « répulsif à l’emploi », il faut le liquider réformer. Les 35h handicapent notre compétitivité, il faut les déverrouiller réformer. Le repos dominical nuit au développement économique, il fait le supprimer réformer. Les licenciements sont trop encadrés, il faut les faciliter réformer.

Monsieur le premier ministre, gouverner et réformer la France, ne peut pas se limiter à revenir méthodiquement sur les réformes du siècle dernier, surtout quand ces dernières se sont traduites par plus de protections, plus de droits et plus de justice. 

Faire cela, ce n’est pas réformer, c’est contre-reformer. Qu’on ne s’étonne pas, soudain, de ne pas trouver de majorité pour le faire.

 

lundi 12 janvier 2015

Syriza: l'éclaircie qui surgit d'Athènes


Les deux partis qui constituent la majorité gouvernementale grecque (libéraux de Nouvelle Démocratie et socialistes du Pasok), véritable bras armé des politiques d’austérité qui ont ravagé le pays ces dernières années, ont été mis en échec il y a quelques semaines. Malgré les injonctions du commissaire européen et ancien ministre des finances français, Pierre Moscovici dépêché sur place pour vanter les réformes engagées, la coalition gouvernementale n’a pu disposer d’une majorité suffisante pour faire élire son candidat à la présidence du pays. Cette situation provoque, en vertu de la Constitution grecque, l’organisation d’élections législatives anticipées le 25 janvier prochain.
Enfin, le peuple grec, prisonnier jusqu’alors de la tutelle de la Troïka va pouvoir s’exprimer démocratiquement. Enfin ce peuple, pillé, martyrisé, par des politiques d’austérité va pouvoir faire entendre sa voix. Enfin, la chaîne infernale va pouvoir craquer.
Depuis 2010, la Grèce a servi de cobaye au projet des libéraux européens. Après 23 plans d’austérité successifs, le pays est exsangue. Le salaire moyen dans le secteur privé a chuté de près de 20%, le chômage a progressé de plus de 190%, frappant 25% de la population et 52% des moins de vingt-cinq ans. L’échec économique est immense, les conséquences sociales le sont tout autant. La pauvreté a progressé de 33% dans le pays.  
Mais cette politique a profité à quelques-uns. Les services publics, liquidés par des vagues successives de privatisation ont été captés par des multinationales. Pire, une étude affirme que 77% des prétendus « plan de sauvetage », qui n’ont de sauvetage que le nom, ont bénéficié aux institutions bancaires et financières.
Après cinq années de résistance sociale, c’est cette page que le peuple grec va pouvoir enfin tourner en confiant une majorité parlementaire à Syriza, coalition anti-austéritaire, en tête des sondages d’intentions de vote. A n’en pas douter la popularité de cette gauche décomplexée réside dans le fait qu’elle a su apporter un débouché politique aux revendications et aux mots d’ordre d’un mouvement social qui n’a fait que se renforcer ces dernières années. Syriza a su être le réceptacle des luttes du peuple grec et en tirer toutes les énergies. Faisons nôtres les propos d’Alexis Tsipras, leader de cette coalition lorsqu’il affirme: « C’est un jour historique. Avec la volonté du peuple, dans quelques semaines, les plans d’austérité appartiendront au passé. L’avenir peut commencer ».
C’est d’ailleurs bien ce que redoutent les forces de l’argent et les gardiens de l’ordo-libéralisme européen. A-peine l’annonce d’élections législatives anticipées et les perspectives d’une victoire de Syriza que les grandes manœuvres ont commencé. Le FMI a immédiatement annoncé qu’il suspendait « son soutien financier» à Athènes, Wolfgang Schaüble, ministre allemand des finances a mis en garde « Il n’y a pas d’alternatives (…) les nouvelles élections ne changeront rien aux accords passés avec le gouvernement grec ». Le modèle de la « démocratie occidentale » dont ils n’ont de cesse de vanter les mérites ne semble plus si appréciable lorsqu’il permet au peuple souverain de reprendre la main et de bousculer les petits intérêts de l’oligarchie financière.
Faute de pouvoir décider à la place du peuple grec, tout ce petit monde tente de le faire basculer du côté des forces pro-austérité en entretenant un climat de peur et de chaos, promettant le plus grand des désastres en cas de victoire de Syriza. Le premier ministre grec sortant, Antonis Samaras, n’a pas hésité par exemple à utiliser le drame de Charlie Hebdo, dans un amalgame honteux, pour attiser les peurs en déclarant : « A Paris, il y a eu un attentat qui a fait au moins 12 morts, et ici, certains (Syriza) demandent plus d’immigrants illégaux. ».
Les militants progressistes de toute l’Europe doivent donc être pleinement conscients de l’importance de ces échéances électorales. L’enjeu est immense. Pour la Grèce et pour le continent. L’acte de résistance que s’apprête à effectuer le peuple grec en portant Syriza au pouvoir est une éclaircie dans l’obscurité austéritaire du ciel européen, l’occasion de réouvrir, enfin, le débat sur la construction européenne. En écartant l’impasse et les dangers qu’incarne l’extrême droite grecque et son parti Aube Dorée, les grecs font la démonstration que la solution ne se trouve pas dans un repli xénophobe et identitaire. Si ils montrent qu’un autre chemin est possible, d’autres suivront la lumière qui s’allume à Athènes.
Parce que les enjeux sont immenses, le combat sera rude. Rien ne sera épargné à Syriza. Ils feront tout pour que n’émerge pas en Grèce une gauche de transformation sociale qui viendrai troubler leur petit banquet. Nous devrons soutenir nos camarades. Ce combat et celui de tous ceux qui luttent en Grèce, en Espagne, en France et partout en Europe pour emprunter un autre chemin.

Pour faire vivre cette solidarité, rendons-nous nombreux au meeting « Soutenons le choix de peuple grec à prendre en main son destin » le jeudi 15 janvier, gymnase Japy à Paris (75011).
Vive la résistance du peuple grec. Vive Syriza.

 

lundi 1 décembre 2014

Nouveau discours de Dakar: merci M. le Président de la République.

 
Le Président de la République participait ce Week-End au sommet de la francophonie à Dakar. Il s‘est rendu, à cette occasion, sur la tombe de Léopold Sédar Senghor, décédé il y a 13 ans. Cette visite a pris une tournure particulièrement symbolique lorsqu’un journaliste présent sur place a questionné le Président lui demandant si l’homme, premier président du Sénégal indépendant, était rentré dans l’Histoire.

La référence est on ne peut plus claire. Elle rappelle l’immonde discours de Dakar prononcé par Nicolas Sarkozy en juillet 2007 dans lequel l’ancien président de la République affirmait : « Le drame de l'Afrique » vient du fait que « l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire. »
« L’Afrique est non seulement dans l’Histoire, mais l’Afrique est aussi une partie de notre avenir » lui a rétorqué Le Président de la République.
En quelques mots, concis mais dont la portée est extrêmement forte, François Hollande a permis de tourner la page de cette affirmation calamiteuse qui avait dégradé la relation franco-africaine et profondément abîmé l’image de notre pays.
Car oui le discours de Dakar de Sarkozy était une tâche dans l’histoire de notre République. Il était d’une insupportable condescendance à l’égard des hommes et des femmes africain(e)s et renvoyait à l’inconscient d’une France encore embourbée dans son passé postcolonial.  
Fort heureusement ces propos avaient été vivement condamnés et combattus au moment où ils avaient été prononcés.
L’intervention du Président de la République a permis bien plus. Elle a permis à La France, par une expression officielle, de tourner le dos, sept ans après, à l’immonde Discours de Dakar. Pour beaucoup d’entre nous, l’affront est enfin lavé.
Ces quelques mots doivent permettre d’engager enfin notre pays sur la voie d’une nouvelle forme de coopération avec nos partenaires africains et de construire une nouvelle relation historique, apaisée, solidaire et enfin débarrassée des vicissitudes de la Françafrique.
Alors merci monsieur le Président de la République et Vive le nouveau discours de Dakar.

lundi 17 novembre 2014

Pour un congrès de clarification !



Après des semaines de tergiversation, la date du prochain congrès du Parti Socialiste a fini par tomber. Il aura lieu les 5, 6 et 7 juin 2015.
Réclamée par les militants, appuyée par un certain nombre de dirigeants du Parti afin de pouvoir débattre de la ligne politique du gouvernement et du positionnement du Parti, la date du congrès était jusque-là soumise à de houleux débats. L’exécutif poussant depuis quelques semaines pour un congrès en 2016, assez peu pressé qu’il était de confronter son orientation politique aux suffrages des militants socialistes.
Et pour cause. Un congrès, c’est donner la parole aux militants, c’est leur permettre de juger et d’apprécier l’orientation et les choix politiques effectués depuis deux ans et demi alors que ceux-ci sont, de l’aveux même de Pierre Moscovici, « assez peu naturels » à gauche.
Alors ce congrès du Parti Socialiste ne pourra pas être un congrès comme les autres. Il ne pourra pas se limiter à un débat feutré entre courants suivi d’une « synthèse » et enfin, de l’élection d’une nouvelle direction. Non. Cette consultation des militants doit être d’une autre ampleur. Elle doit permettre un débat franc, sans fard ou faux-semblant. Ce congrès devra poser les débats profonds qui ont traversé notre famille politique ces derniers mois, sans exclusives, et le vote des militants devra permettre de les trancher.
Ce dont nous avons besoin, c’est d’un congrès où chacun assume ses positions devant le suffrage des militants sans se dérober. Il faudra que les débats soient clairs pour que la clarification des militants le soit aussi.
Il faudra que ceux qui aspirent à gouverner notre pays avec la droite et le centre le disent et assument la confrontation avec ceux qui privilégient le rassemblement de forces de gauche. Et il faudra que les militants tranchent.
Il faudra que ceux qui pensent que « le mot socialiste ne veut plus rien dire » l’assument et ne fuient pas la confrontation avec ceux qui pensent que le progrès social, le partage des richesses sont encore des idées neuves. Et il faudra que les militants tranchent. 
Il faudra que ceux qui considèrent que la défense des travailleurs est une idée « passéiste » l’assument face à ceux qui continuent de penser que la gauche c’est avant tout agir pour défendre les intérêts de ceux qui vivent de leur travail. Et il faudra que les militants tranchent.
Il faudra que ceux qui ont érigé le cap austéritaire comme un horizon indépassable ne se dérobent pas face à ceux qui depuis des mois affirment qu’une autre politique est possible, pour renouer avec la justice et l’égalité. Et il faudra que les militants tranchent.
Ces débats-là, il serait irresponsable de les esquiver. Le congrès devra les clarifier. Il nous reviendra à nous, militants socialistes de définir ce que nous voulons pour notre parti entre deux chemins qui ne cessent de s’éloigner l’un de l’autre.
Car le ciment qui fédérait toutes les branches de notre famille n’est plus. Ce ciment, c’était cet attachement, partagé par tous, au monde du travail, aux salariés et à leurs représentants syndicaux. On pouvait diverger sur les réponses à apporter, mais on s’accordait sur le fait que c’était bien au monde du travail que nous devions collectivement apporter un débouché. Ce ciment a fini par céder sous les coups de boutoir de certains et de leurs déclarations d’amour au Medef.
Alors il va falloir trancher entre deux chemins dont la cohabitation semble à bien des égards menacée désormais. Voilà le poids qui nous est confié.
Le premier chemin, c’est celui de ceux qui, sous couvert de modernité et de pragmatisme, éloignent chaque jour un peu plus la gauche de ses promesses et de ses racines. C’est celui de ces gestionnaires qui se rallient aujourd’hui aux thèses libérales que nous combattions hier.
L’autre chemin, c’est celui de ceux qui continuent d’envisager la gauche comme une force politique qui refusent de se soumettre à l’ordre établi et qui continuent de se lever pour transformer la société et combattre les inégalité, dans le rassemblement de toutes ses composantes.
Cette clarification sera déterminante. Ceux d’entre nous qui se verront confortés par le vote des militants auront, que ce soit les uns ou les autres, la légitimité requise pour définir l’identité de notre parti. Ceux qui à l’inverse seront rendus minoritaires par les militants devront en tirer toutes les conséquences qui s’imposent.
Il n’y aura pas d’échappatoire.

 

 

mardi 30 septembre 2014

Rassembler l'aile gauche pour rassembler la gauche!

Les 3, 4 et 5 octobre prochains, se tiendront les universités de rentrée de Maintenant la Gauche et d’Un Monde d’Avance, les deux courants de l’aile gauche du parti Socialiste depuis le dernier congrès de Toulouse. Mais si celles-ci ont lieu le même Week-End, elles se tiendront… à près de 700 km d’écart.

En effet, les premiers se rassembleront dans l’Essonne, tandis que les seconds se réuniront dans les Landes. 686 km exactement.

Pourtant, en lisant les programmes des uns, comme des autres, tous partagent une perspective commune à l’occasion de ce Week-End : rassembler les forces de gauche fidèles à la transformation sociale. « L’intervention d’invités issus des différentes forces de gauche sera au programme pour continuer à travailler aux convergences sans lesquelles rien ne sera possible. » affirment les premiers. « Nous souhaitons laisser une large place au débat collectif, en invitant de nombreux partenaires à intervenir, tant socialistes qu’issus de la grande famille de la Gauche et du progrès social. » écrivent les seconds.

Tous partagent également une ambition celle de réorienter la politique austéritaire du gouvernement. Lorsque les premiers déclarent « Ce rassemblement sera l’occasion de débattre des perspectives qui sont devant nous pour réorienter l’action de la gauche au pouvoir dans un sens plus fidèle aux aspirations de la majorité sociale et électorale. », les seconds affirment : « Depuis le début, nous avons œuvré pour rassembler toutes celles et ceux qui appellent à un changement de cap. Pour poursuivre dans ce sens, nous vous attendons, nombreuses et nombreux ».

Puisque les perspectives sont communes : fédérer les forces de gauche anti-austéritaire disponibles, et que l’ambition est la même : affirmer qu’une autre politique est possible à gauche, nous, militants de l’aile gauche du Parti Socialiste, regrettons ce clivage artificiel qui nous sépare.

Nous ne jetons la pierre ni aux uns, ni aux autres, nous ne cherchons pas à savoir de quel camp est la responsabilité (si tant est qu’elle relevé d’un camp en particulier), nous ne nions pas les difficultés de calendrier et les contraintes d’agenda. Nous n’ignorons pas non plus les divergences qui ont pu nous distinguer par le passé (essentiellement d’ordre stratégique). Mais à l’heure où le fond de l’air se trouble et que le précipice nous guette, au moment où ce qui nous rassemble est indéfiniment plus fort que ce qui nous divise, nous souhaitons affirmer avec force que nous ne serons jamais en capacité de rassembler les forces de gauche, si nous ne parvenons pas à faire, d’abord, l’unité de toutes les sensibilités de l’aile gauche du parti. Le talisman, si précieux, de l’unité des forces progressistes n’est la propriété d’aucun d’entre nous. Pire, il n’est à la portée d’aucun courant, d’aucun groupe politique sans l’association, pleine et entière, de ses voisins de palier. On ne complète pas le puzzle s’il manque des pièces.

Nous irons donc, chacun dans nos universités de rentrée dans quelques jours. Nous porterons des analyses et des perspectives identiques, et nous ferons entendre, à Bierville, comme à Vieux-Boucau, notre volonté et la nécessité de travailler ensemble désormais.

Enfin, nous proposerons l’organisation d’une grande journée de travail rassemblant, élu-e-s, responsables et militant-e-s issus des différentes sensibilités de la gauche de notre parti, sans exclusive, dans le but d’échanger collectivement et publiquement sur les perspectives que nous devons construire.

Le rassemblement commence par là. Il n’est pas trop tard, mais il est juste temps. Il est indispensable.

Mathurin Levis. 
Rached Zehou.